Peinture Animalière



le 11 Janvier 2018

Bonjour Pierre, je vous ai découvert sur Les mordus des Pyrénées, et mon oeil "photographique" a été attiré irrésistiblement par votre grand Tétras. J'ai donc parcouru votre site avec plaisir ayant récemment orienté mes photos vers l'animalier et en particulier les oiseaux. Vos aquarelles sont magnifiques ! et à la limite de la photo mais avec la douceur qu'apporte l'aquarelle. Je suis ravie de vous avoir découvert et vais vous suivre régulièrement
A très bientôt

publié par brung cecile

le 08 Janvier 2018

" Jour de chance dans les bois. Bien que le soleil dardait
ses rayons sur la vieille sapinière, l’heure était une invite au silence. La
sous-futaie lumineuse de noisetiers et de bouleaux ne vibrait d’aucune
feuille ; les grands hêtres et majestueux sapins retenaient dans leurs
rangs serrés le dernier soupir du vent. Une chevrette s’en est tout juste
allée, autrement pas la moindre plainte éloignée du pic noir, ni même un fin
gazouillis de mésange tombé d’une couronne d’aiguilles. Pour autant, l’ambiance
était des plus belles. L’humeur de la forêt exhalait, ses odeurs d’écorces
humides, de mousses et d’humus, transpirait par tous ses pores. J’avançais
lentement, attentif à ne rien déranger. Parfois un puits de lumière tombait sur
une vieille chandelle vermoulue rompue aux deux tiers mais encore debout, aux
branches brisées et couvertes par la pâle chevelure des lichens, évoquant
l’ancienneté des âges et le travail d’un temps qui n’a rien d’humain. Autour,
de nombreux autres arbres morts jonchaient le sol parmi les fougères
verdoyantes. Il était délicieux d’y errer sans présence, le pied hasardeux
porté par la pente, de suivre à l’envie la coulée d’une bête forestière. Et de
la perdre aussi, puis attendre, tenu par l’expression sauvage de ces vieux
boisements à la l’harmonie fascinante. C’est là qu’une voix flûtée s’est
élevée, que son appel a résonné. Une seule fois. Je commençais à grimper
silencieusement vers elle, sans rien voir, sans rien entendre. Son chant venait
d’un de ses fûts bien droit érigés sur une pente raide et rocheuse. La chouette
pouvait se tenir ici ou là, à l’entrée d’une de ces cavités, au creux d’une
branche, au milieu des ramures sombres. J’ai longtemps scruté, chercher
patiemment autour de chaque arbre, inspecter chaque rameaux, détailler chaque
bout d’écorce. Mais aucunes traces, pas le moindre signe. Le temps passait et
réduisait les chances de l’apercevoir. Debout sur un rocher, j’étais partagé
entre l’idée de poursuivre mon chemin, et l’envie de me blottir quelque part et
d’attendre jusqu’à la nuit une éventuelle venue de sa part. Au même moment,
comme un cri net d’écureuil retentit juste derrière. Sur la première branche,
une chouette Tengmalm hochait sa grosse tête ronde. Elle était là, à hauteur
d’épaule, à portée de main. J’ai été tellement surpris de la voir si proche que
j’ai esquivé un mouvement de recul. Nous nous sommes épiés un long moment, elle
hochant la tête pour mieux distinguer cette silhouette humaine qu’elle
découvrait sans doute pour la première fois, moi figé sur mon rocher, les
jambes fébriles devant pareil instant. Difficile de ne pas succomber au regard
de ses yeux d’or, de rester insensible à son masque blanc et son air
effarouché. Difficile de ne pas être assiégé par le hasard de la rencontre, de
ne pas être dépassé par proximité du face-à-face, par-delà l’immensité
forestière. Elle finit par se percher sur une branche voisine qui masquait
alors sa tête, et quand j’ai voulu changer de rocher pour revoir son iris jaune
au milieu du feuillage, la petite chouette au plumage perlé s’est envolée dans
un rayon de soleil. "
Artzamendi, Dernières terres



publié par Artzamendi


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